Ma vie se partage entre deux rives. D'un côté la Seine, ses pierres grises et ses vitrines. De l'autre, le sable, le Golfe et une lumière qui ne ressemble à aucune autre.
Entre les deux, il y a des départs, des attentes, des escales. Ces vingt images suivent ce trajet, dans l'ordre où je l'ai vécu.
Le point de départ. Paris, ses quais, ses rues, et des gens qui attendent ou qui s'en vont.
La tour, la petite Liberté de l'île aux Cygnes, et le Front de Seine encore allumé. Le fleuve garde tout en double.
L'enseigne dit « Meilleur moment ». Devant la vitrine, quelqu'un dort encore.
Elle, en rouge, attend. Lui, en bleu, s'en va.
Entre deux villes, il y a toujours un moment où l'on ne touche plus le sol.
Les lieux qu'on connaît par cœur avant de les avoir vus. Il faut y aller pour savoir à quoi ils ressemblent vraiment.
Trois pyramides, une calèche, beaucoup de ciel. Puis le même désert, à travers un mur de dessins d'enfants et de lettres venues de partout. Une case est restée vide.
Ici, je n'ai fait que lever les yeux.
Un escalier peint, un ciel sans un nuage. Deux silhouettes attendent qu'on monte.
Doha, où une partie de ma vie se joue. Le bois des boutres, le verre des tours, et des journées qui commencent au café.
Le boutre devant, les tours derrière. Le ciel fait le reste.
Un seul passant sur la promenade. Puis les tours Katara, de face, avec l'eau qui bouge dessous.
Deux images à quelques secondes d'écart. Rien n'a bougé, sauf moi.
La plupart du temps, le travail ressemble à ça. Un café, un écran, un arbre.
Quand la chaleur tombe, la ville se rallume. C'est l'heure où je sors l'appareil.
Les tours s'allument une à une. L'eau les répète en couleurs.
Trois tours, et un reflet qui ne bouge pas.
Au bout du trajet, il reste la mer. C'est elle qui relie les deux rives.
La même lune au-dessus des deux rives. Puis Paris à nouveau, une vieille décapotable turquoise garée dans une rue calme.